Amélie Laberge D.O.
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Ostéopathie et cicatrice de césarienne

par Amélie Laberge, ostéopathe

Accueillir un nouveau bébé à la suite d'une césarienne est un acte de force incroyable, qui marque le début d'un nouveau chapitre de vie, tout en initiant un processus de guérison. Cette période de convalescence, bien que teintée de la joie de tenir votre enfant, peut aussi vous confronter à une fatigue profonde, à des douleurs imprévues et à des défis uniques liés à votre rétablissement. Inspirée d'un essai que j'ai présenté en 2014 pour l'obtention de ma maîtrise en ostéopathie, je vous livre cet article sur la cicatrisation après un accouchement par césarienne. Je vous y présente l'aspect émotionnel d'une telle chirurgie, pour vous guider doucement à travers cette phase. Comme il s'agit d'un événement majeur plusieurs couches de complexité, j'aborde l'aspect physiologique de la cicatrisation et des adhérences, l'impact de celles-ci sur le corps de la femme, l'impact émotionnel de la césarienne. Vous verrez aussi en quoi l'ostéopathie peut être utile dans votre guérison et vous découvrirez le focusing, une approche psycho-corporelle qui peut compléter les séances d'ostéopathie si le souvenir de cet événement est encore difficle pour vous.

La cicatrisation, un processus en trois actes

La guérison après une chirurgie est un ballet en trois temps: inflammation, prolifération, et maturation. Initialement, l'inflammation fait son entrée, orchestrant la décontamination et préparant le terrain pour la nouvelle construction. Vient ensuite la prolifération, où les cellules s'activent pour tisser un nouveau tissu. Enfin, la phase de maturation, où le tissu cicatriciel se renforce et s'affine, une période qui peut durer plusieurs mois, voire années. Le corps voulant bien faire, il continue de cicatriser de façon excessive, au point de rigidifier les tissus.

Les adhérences, des invités indésirables

Dès la fin de la chirurgie, le corps entreprend un voyage complexe, à la fois fascinant et délicat. Ce périple, particulièrement après une césarienne, conduit à la formation de tissus cicatriciels, des marques indélébiles de notre résilience. Ces cicatrices, témoins de la capacité extraordinaire du corps à se réparer, jouent un rôle crucial dans le processus de guérison, mais elles peuvent aussi engendrer des adhérences, tissant des liens parfois problématiques au sein de notre corps. Les adhérences sont des formations de tissu cicatriciel qui relient deux surfaces internes du corps, qui normalement devraient glisser l'une contre l'autre. Après une césarienne, ce tissu cicatriciel peut restreindre la mobilité et perturber l'équilibre naturel du corps, engendrant parfois douleurs et dysfonctions. Elles sont le résultat d'une cicatrisation excessive, où le tissu cicatriciel s'étend au-delà de la zone initiale de la blessure.

La césarienne : un cas particulier

La césarienne, bien qu'une intervention courante, n'en demeure pas moins une chirurgie majeure. Les adhérences formées à son issue peuvent affecter la fonction des organes voisins, comme la vessie ou l'intestin, et impacter la posture, la respiration, et même la santé émotionnelle.

L'impact d'une cicatrice de césarienne dépasse largement le visible, influençant profondément la dynamique corporelle et émotionnelle de la personne. Les adhérences qui peuvent se former après cette intervention chirurgicale perturbentnon seulement la continuité des tissus, mais peuvent également affecter la santé reproductive, engendrer des douleurs pelviennes chroniques et influencer la fonctionnalité d'organes adjacents.

L'ostéopathie au secours

Grâce à sa compréhension profonde de la continuité tissulaire et son approche holistique, l'ostépathie offre un remède précieux aux complications liées aux cicatrices et adhérences. Par des manipulations douces et sécuritaires, l'ostéopathe travaille à libérer ces adhérences, à restaurer la mobilité et l'équilibre du corps (bassin, sacrum, hanches). Précisons qu'il ne s'agit pas d'éliminer des adhérences, car seul un bistouri pourrait le faire, mais bien de les assouplir et de prévenir que le corps ne répare trop solidement la zone.

Au cours d'une séance d'ostéopathie, quelques minutes peuvent être consacrées à l'assouplissement d'une cicatrice consolidée. (Si la chirurgie remonte à moins de trois mois, les manipulations seront effectuées davantage en périphérie de la cicatrice.) Les techniques utilisées sont très douces et sécuritaires. L'ostéopathe peut effectuer des mises en tension locales avec ses mains pour décourager la formation d'adhérences, ou encore faire des petits pompages pour activer la circulation et des micro-vibrations pour désolidariser les accolements indésirables. L'approche ostéopathique, en traitant ces cicatrices, aide à prévenir les complications futures et soutient une récupération plus harmonieuse.

L'auto-massage de la cicatrice peut vous être enseigné lors d'une séance puis pratiqué en toute sécurité à la maison. Il n'est jamais trop tard pour commencer! Par contre, s'il est difficile de toucher, ou même simplement regarder votre cicatrice, c'est peut-être que vous n'avez pas encore « digéré » votre césarienne. Rassurez-vous, vous n'êtes pas seule!

Au-delà du physique: aborder les émotions en ostéopathie

Les cicatrices sont bien plus que des marques physiques; elles sont également empreintes d'histoires, de sensations et parfois de traumas. Il est donc important de tenir compte non seulement de la marque visible de la cicatrice, mais aussi du tissu invisible des émotions et expériences qui l'accompagnent. Consciente de cette réalité, l'ostéopathe ne se limite pas au traitement physique, mais peut reconnaître et aborder également les dimensions émotionnelles liées à l'expérience de la césarienne.

Émotions en lien avec la césarienne

La césarienne peut avoir un impact au niveau psychologique. Pratiquée d'urgence ou planifiée, cette chirurgie interrompt le processus naturel de l'accouchement (Verdult, 2009). Cela peut notamment engendrer des sentiments de déception ou d'échec, si vous teniez à accoucher de façon naturelle (Boyce et Todd, 1992), mais aussi de peur, d'anxiété, si on a craint pour la vie du bébé, voir la vôtre (Ryding, 1998; Verdult, 2009).

De plus, le vécu émotionnel lié à l'accouchement par césarienne peut s'inscrire dans la mémoire tissulaire. Dans ce cas, l'ostéopathe peut envisager une approche psycho-corporelle pour adresser à la fois les dimensions physiques et émotionnelles de cette blessure. En travaillant sur la cicatrice et les adhérences, l'ostéopathie vise à restaurer la mobilité tissulaire et à favoriser un bien-être psychologique, s'inscrivant ainsi dans une approche globale de la santé post-partum.

Mémoire tissulaire

L'aspect émotionnel de la mémoire tissulaire serait lié à l'analyse de la douleur par le cerveau alors qu'un autre aspect de la mémoire tissulaire serait davantage une mémoire qui affecte les tissus (de Lastegrie, 2010), ce qu'on appelle l'effet psycho-somatique. Par exemple, si vous avez subi une blessure grave, il se peut que vous ayez un réflexe de protection (conscient ou non) de la zone blessée, longtemps après l'événement. Un ostéopathe pourrait remarquer une tonicité musculaire surélevée qui protège la zone. Avec le temps, cette densification tissulaire pourrait se fibroser au niveau physique, tout en constituant une accumulation de peur (de Lastegrie, 2010). Il est possible que vous reconnaissiez des signes de mémoire tissulaire, en lien avec votre cicatrice de césarienne ou avec une autre blessure.

Le focusing, une approche complémentaire à l'ostéopathie

Dans l'assouplissement de la cicatrice, l'aspect émotionnel peut être abordé en relation avec les fascias (une membrane qui enveloppe les muscles et certains organes) par l'entremise du techniques psycho-corporelle comme le focusing, méthode que m'a enseignée Dino Muzzi, D.O. en 2012. Le focusing permet au recever d'explorer ses sensations et émotions liées à une cicatrice, facilitant ainsi un processus de guérison plus complet. C'est un processus qui consiste à prendre conscience de la perception globale qu'a le corps de l'expérience vécue. Selon son fondateur Eugene Gendlin (1981), le focusing permettrait de sentir un changement physique correspondant à la façon dont le problème est vécu dans le corps. En focusing, il n'est pas question d'être dans le récit du receveur, mais bien de le ramener aux sensations physiques associées aux émotions. Selon Muzzi (2012), le contact avec la mémoire tissulaire pourrait permettre un plus grand relâchement des fascias. En résumé, le fait de connecter avec son expérience émotionnelle pourrait engendrer un plus grand relâchement tissulaire et ouvrir la porte à une guérison plus profonde. (Nous tenons à préciser que technique de focusing est un complément au traitement ostéopathique et ne substitue aucunement des soins en psychothérapie/psychologie.)

Conclusion : une harmonie retrouvée

La guérison est parfois un voyage complexe, nécessitant une approche intégrée qui tient compte des dimensions physiques, émotionnelles et familiales. Prodiguée avec douceur et avec une vision globale, l'ostéopathie guide le corps à travers les défis de la cicatrisation post-chirurgicale. L'intégration d'approches psycho-corporelles, notamment à travers des techniques comme le focusing, enrichit considérablement le traitement des cicatrices et adhérences post-chirurgicales, telles que celles résultant d'une césarienne. Cette approche souligne la connexion profonde entre votre ressenti physique et votre expérience émotionnelle, reconnaissant qu'un vécu intense peut s'inscrire dans la mémoire tissulaire. En associant le travail manuel sur les cicatrices et les adhérences avec des techniques psycho-corporelles, l'ostéopathie offre non seulement une voie vers une meilleure santé physique, mais aussi vers un bien-être émotionnel, pour vous soutenir dans votre nouvelle vie de parent.

Cet article est une adaptation des principaux aspects traités dans mon essai Le traitement des cicatrices et des adhériences liées à la césarienne : ostéopathie et focusing, présenté devant jury en 2014. N’hésitez pas à communiquer avec moi ici. Vous pouvez aussi prendre rendez-vous avec moi pour une séance d’ostéopathie.

Références bibliographiques

Boyce, P. M. et Todd, A. L. (1992). Increased risk of postnatal depression after emergency cesarean section. Medical journal of Australia. 157(3), 172-174.

de Lastegrie, P. (2010). La mémoire tissulaire. Repéré à http://www.osteopathie-64.fr/la-memoire-tissulaire#more-854.

Gendlin, E. (1981). Foucusing. New York : Bantam Books.

Laberge Derome, A. (2013). Le traitement des cicatrices et adhérences liées à la césarienne : ostéopathie et focusing. (Essai présenté devant jury). Collège d'Études ostépathiques, Montréal.

Muzzi, D. (2012). Ostéopathie et focusing : la lésion somato-émotionnelle. Montréal : notes de cours.

Ryding, E.L. et al. (1998). Psychological impact of emergency caesarean section in comparison with elective cesarean section, instrumental and normal vaginal delivery. Journal of psychosomatic obstetrics and gynaecology, 19(3),135-144.

Verdult, R. (2009). Caesarian birth : psychological aspects in adults. Journal of prenatal and perinatal psychology and medicine, 21, (1), 17-18.

© Amélie Laberge 2024.

Image d'un nouveau-né.

Photo d’un nouveau-né qui dort.